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Des mots et des corps

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L'art et la mort sont des notions qui peuvent être rapprochées en ce qu'elles ont attrait toutes les deux à l'indicible et l'inatteignable.
Notre rapport social à la mort tend à être réduit au simple fait individuel et celle ci est taboue dans nos sociétés occidentales judéo-chrétiennes.
Traiter artistiquement la mort c'est également représenter la vie par miroir, immortaliser l'éphémère.
Sont également questionnés au travers de ce travail les statuts de l'image photographique, de la trace, de la preuve.
L'intime dévoilé n'aura plus à se protéger autant d'un regard inquisiteur, cependant l'œuvre d'art ne se satisfait pas d'un voyeurisme banalisé qui fait image de tout. Les clichés ne visent pas à choquer et sont intrinsèquement emprunts d'éthique et de dignité.
Ici il s'agit d'un travail à quatre mains qui porte un regard croisé sur la mort.
Le projet a été présenté lors de l'exposition collective organisée du 29 novembre au 29 décembre 2007 à la galerie du Larith (Chambéry) dans le cadre de l'anniversaire de l'Observatoire de l'Ecriture de l'Interprétation et de la Lecture.

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En collaboration avec l'écrivain Michel Tabib.

Des mots et des corps

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Je suis le Veilleur.
Je suis celui qui garde l'intérieur de la Ville-Ronde. Je veille l'horizon.
Je tends mon bras et mon doigt pour circonscrire le lointain. 180° uniquement. Je ne suis pas autorisé à porter mon regard à l'intérieur de la Ville-Ronde. Mon univers est le dehors uniquement. Je marche sur les remparts de la Ville-Ronde sans jamais détourner mon regard. Je sais tout ce qui se passe au dehors de ces murs.
Je garde la Ville-Ronde… Il ne s'est jamais rien passé. Certainement parce que le Veilleur est là.
Hier encore il ne s'est rien passé.
Hier encore je scrutais par-delà les murailles de la Ville-Ronde. (...)

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(...) Je suis le gardien de l'immobilité des pierres du dessus de la Ville-Ronde. Je veille l'Horizon pour discerner les rêves et les cauchemars. Je veille sur les murs de la Ville-Ronde pour emprisonner les désirs à l'intérieur des murailles. Je marche tout autour de la Ville-Ronde pour prendre les couleurs des habitants.
Je suis le Veilleur.
Je suis le Veilleur qui apprend, prend, s'éprend des gens. Je ne sais rien de ce qui se passe à l'intérieur de la Ville-Ronde. Je ne veux pas le savoir. Je n'en ai pas le droit. J'apprend, je prend, je m'éprend de la couleur de ses habitants. Je ne sais que ce qui se passe au lointain, lorsque les rêves s'enfuient et que les cauchemars arrivent. Il ne se passe jamais rien dans la Ville-Ronde.
L'Horizon est ma Destinée. Ma limite sont les murailles de la Ville-Ronde. Ma nourriture ne sont que Chimères et Dragons.
Je ne suis que le VEILLEUR.

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« Quand le ciel bas et lourd, … » Il est temps de partir...
Il est temps de rejoindre des mondes qui n'existent pas encore… Des mondes dans lesquels le bleu ne serait pas bleu, le rouge ne serait pas rouge, le jaune ne serait pas jaune.
Un monde dans lequel les couleurs ne seraient plus des couleurs…
Un monde sans couleurs mais sans grisailles… Juste un univers sans couleurs… Ou de toutes les couleurs à la fois. « Quand le ciel bas et lourd…. »
Je me plais à imaginer un monde dans lequel les formes seraient tributaires des couleurs… et non plus l'inverse.
Un monde défini seulement par l'infini des couleurs, un monde sans aucune finitude. Un monde où les spectres détermineraient les atomes, les molécules… « Quand le ciel bas et lourd… » Il n'y a plus de ciel. Il n'y a plus de terre. Il n'y a plus de mer. Il n'y a plus que le chatoiement de l'univers dans l'infinie solitude des couleurs.

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Des mots et des corps

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Barres d'immeubles et tours. Allées, passerelles, entrées et sorties d'immeubles, voies sans issues. Rendez-vous avait été pris avec un pourvoyeur, un «  dealer ».
Bien évidemment :
«  I'm waiting for my man
Twenty-six dollars in my hand
All dressed in black He's always late…
I'm waiting for my man… »
Il apparut finalement. Sans aucune fausse note. Tel qu'il était attendu, tel qu'il était imaginé. Grand, sec, décharné, les cheveux gras, le regard inquisiteur, fébrile, vide mais tellement vivant à l'écoute de certains mots. Quoi ? Combien ? Où ?
Tout fut réglé en quelques paroles. Mais demeurait la question primordiale de la qualité. Il fallait tester. Le lieu était de toute quiétude. A l'abri des regards, des oreilles et des surveillances malveillantes. Avec point d'eau. Entre le 12e et le 13e étage d'une Tour. Rose et caillouteuse.
Ainsi se présentait cette promesse de jouissance moléculaire. Le rituel fut respecté. Petite cuillère. Coton. Infime douleur d'une pénétration puis injection.
Il ne fallait pas poursuivre. Mais que faire ? Compulsivement, en toute lucidité, le piston poursuivit sa course.
Tout sembla prendre une autre dimension. J'étais arrivé au bord du Styx. Ses eaux étaient noires. C'était le lieu de ma nouvelle demeure.

Des mots et des corps

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Parce que paradoxalement, il lui fallait rentrer dans le monde des vivants en commençant par serrer les mains. Discrètement. Il n'était nul besoin d'être démonstratif. Parfois juste un effleurement.
C'était le point d'entrée d'une communion dans cet espace où il n'y avait que la vie dans ses résidus.
Dans ce qu'elle laissait derrière elle, une fois sa course achevée. Une façon d'être en paix, d'avoir l'accord de ce corps avant d'en pénétrer l'intimité.
Son rôle était donc d'en découvrir les archives et les cicatrices. Archives de sang, de glaires, de pus, de chair….
Un accord, une permission accordée pour pénétrer dans une histoire qui ne lui appartenait pas…
Une autorisation pour mettre à jour une histoire parallèle. La main de Julie était douce et caressante. Comme sa voix. Il lui arrivait de susurrer quelques mots. Elle faisait juste connaissance. Elle n'avait jamais ressenti la même chose.
Chaque effleurement, chaque toucher, chaque caresse lui racontait une histoire différente. Mais il ne fallait pas se laisser tromper par ces histoires. Elles n'étaient que superficielles, circonstancielles…. Comme une main à l'abandon… on s'attendrait presque à une cigarette !

Des mots et des corps

Celle, que parfois elle oubliait alors qu'elle préparait ses examens. Maintenant, les examens, c'est elle qui les faisait passer … Elle n'aurait jamais cru, qu'il fallut être aussi distancié… Elle se rappelait aussi ce baiser au creux du pli d'un coude.
Ce baiser avait été le début de sa première histoire d'amour. Il y avait un bandage. Ce qu'elle recherchait se trouvait dans les profondeurs. C'est pour cela qu'elle avait la main douce mais surtout extrêmement tranchante.
Mais ce n'était pas cela qui lui importait. Elle ne s'intéressait jamais au « Pourquoi ». Seulement au « Comment ».



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